où va l'argent des pauvres?
"Alors papa, il va où l'argent des pauvres ? " Me demande ma fille. "Dans plein de choses qu'ils préfèreraient mettre ailleurs", lui réponds - je. https://mastodon.cipherbliss.com/system/media_attachments/files/115/865/551/011/960/790/original/bd65bdc5f76eadff.jpg
C'est le titre du dernier livre de vulgarisation Socio économique de Denis Colombi, aka Batman, que j'ai eu plaisir à lire suite à Noël.
C'est fou quand on regarde de plus près les travaux autour de la pauvreté, on se rend compte que la pauvreté est celle des arguments qui veulent que les pauvres continuent à vivre dans la misère sans qu'on les en fasse sortir, juste en les faisant disparaître de notre vue à tous mais en continuant à bien faire profiter le système capitaliste de leur exploitation ad vitam.
La première erreur étant de faire comme si on ne peut rien faire pour les pauvres parce que c'est dans leur nature d'être tous ultra mauvais pour gérer les thunes. On s'imagine souvent que "les pauvres" ce sont des gens qui n'ont pas eu moins de chance que les autres, mais qui sont juste trop mauvais pour être tombé dans un piège et restent trop nuls pour en sortir. Bouuuuh !
Rien ne coûte plus cher que la pauvreté, et tout est fait pour que les gens en situation de pauvreté aient le plus de mal à s'en sortir et soient stigmatisés de toutes parts.
Les erreurs suivantes vont vous étonner, surtout si vous n'avez jamais croisé le terme de money work, ou des principes d'exploitation de masse grâce aux titres de propriété et des différentes sortes de capitaux.
L'astuce ultime pour faire perdurer la misère et l'asservissement étant de persuader les gens qui ne sont pas les plus dans la merde qu'ils doivent détester et surtout ne pas donner de moyens aux pauvres, alors que c'est précisément le manque de moyens financiers, d'opportunités et de ressources régulières qui les empêche de pouvoir faire quoi que ce soit sur le long terme pour les sortir de la pauvreté. Ce qui est étonnant c'est que les pauvres, au global, ne sont ni plus malins ni moins bons pour gérer leur argent que les autres, mais ils vivent des choses très particulières comparé au reste de la population: la pénurie d'argent permanente. Cela demande donc des stratégies de gestion différente des ressources que pour le reste des gens.
Peu importe qu'on soit tous les pauvres de quelqu'un, si vous marginalisez l'exploité plutôt que l'exploitant, vous aidez l'exploitant et contribuez à ce que celui ci soit toujours plus violent avec vous, sauf si vous êtes à la tête des mécanismes de domination, ce qui n'est très probablement pas le cas.
Pour la pauvreté ya effectivement beaucoup de bêtises répétées a longueur de temps sans base scientifique sur les plateaux télé, aller contre ça demande des moyens que les individus n'ont pas. On commence a changer les choses quand on change son regard sur les phénomènes et que l'on commence par admettre que ce qu'on essentialise chez eux permet surtout de croire que nous on est pas pauvre et que dans la même situation on ferait forcément mieux.
Les solutions pour empêcher durablement ces dispersions seraient très simple et peu coûteuses à mettre en place, mais ça demanderait que quelques personnes en aient quelque chose à faire et que tout dialogue avec des élus ne soit pas un dialogue de sourd. Ce qui n'est pas simple.
Que faire alors? On utilise des solutions qui ont montré leur efficacité : on leur fournit un logement sur et salubre en priorité si ils en manquent, et on leur file suffisamment d'argent régulièrement sans les humilier en divers contrôles ou en restrictions en destination, comme si c'était des vrais êtres humains pas plus idiots que les autres. Le reste vient ensuite. C'est fou a quel point c'est simple a mettre en place à l'échelle d'un pays d'ailleurs. Un revenu de base et un logement non pourri.
Le "combien" dépend ensuite des endroits où les pauvres vivent.
Comme pour beaucoup de choses cependant, aider les gens en leur donnant des sous, même une somme comme 100€ a un énorme impact pour les sortir du tourbillon de merde que le capitalisme permet de produire en gardant une armée de miséreux corvéables. Les banques aussi sanctionnent bien d'avantage les personnes les plus pauvres alors qu'ils sont parfaitement au courant que c'est plus difficile de garder ses comptes sans frais de gestion quand on est pas dans la misère constante.
La stagnation des salaires, avec la hausse des prix des logements, l'affaiblissement des syndicats qui défendent les rémunérations des travailleurs et leurs droits, sont plusieurs choses qui font que la plupart des gens galèrent durablement.
Ce n'est pas quelque chose que l'on fait tout seul, à titre individuel. Difficile de fournir logement et revenus suffisants à quelqu'un à moins d'etre déjà quelqu'un de très très haut dans les privilèges.
Cependant on peut faire comprendre à quel point c'est un choix politique de mettre des gens dans la misère, plus encore quand on est un pays développé, et savoir dénoncer les mensonges des politiciens et autres visions "de bon sens" en allant y opposer la recherche scientifique et les arguments issus des retours d'expérience, ou montrer l'inefficacité des mesures basées sur des intuitions inhumaines, qui servent le système capitaliste et non le bien commun.
Dire que les pauvres méritent leur sort en blâmant les victimes bien permet de rendre invisible les choix inhumains qui permettent des choses inadmissibles, et font que pour les personnes les plus vulnérables, il est toujours plus impossible de rejoindre une vie qui remplirait les besoins de base d'une famille en difficulté. Nier que les pauvres ne sont pas plus idiots ou moins capables de gérer de l'argent que nous ou que "tout le monde" permet aussi de nier une autre réalité: face aux mêmes difficultés de pénurie permanente nous ne ferions probablement pas mieux, nous n'avons pas du tout une bonne connaissance de ce qu'est la pauvreté (si vous avez toujours eu de la chance, notez) et rien n'oblige que nous soyons aussi inhumains avec les personnes qui ont moins de chance que nous alors même que les richesses et les ressources sont toujours plus concentrées et gaspillées entre les mains des personnes les plus privilégiées. Comme depuis longtemps, le problème est la répartition des richesses et la violence infligée aux plus vulnérables.
Les choses changent quand on commence à changer de regard sur nos préconçus et que l'on examine quels intérêts ceux ci servent, et surtout que l'on examine ce que nous dit du monde les travaux des personnes les plus rigoureuses sur le sujet, et les retours d'expériences de générosité ou de revenus inconditionnels.
Le compte Mastodon de Denis Colombi, qui a bien fait de passer au moins une heure de peine à vulgariser tout cela: https://mastodon.cipherbliss.com/@uneheuredepeine@piaille.fr
Blast : il y a largement assez de richesses pour tout le monde - entretien avec Esther Duflo, prix Nobel d'économie de 2019. https://www.blast-info.fr/emissions/2023/pauvrete-il-y-a-largement-assez-de-richesses-pour-tout-le-monde-Rh1y2bCKSmi1X4upOVAyGA